C'est fini

Voilà, c'est fini.

Faut savoir revenir du fin fond du Québec, même si Montréal n'y est pas, au fin fond, que Godbout y est toujours et que l'on aimerait y retourner. Il faut savoir sauter les obstacles sans s'acharner sur une haie en particulier.

Au visiteur de passage :

C'est pas parce que c'est fini qu'il n'y a plus rien ici, qu'il n'y a pas une bonne centaine de textes à lire (un bon petit bouquin gratuit)... A lire comme des nouvelles, l'une après l'autre, petit à petit, chaque jour y revenir et tenter d'y trouver un sens. Marquer son passage d'une pierre, d'un commentaire.

Aux visiteurs dépassés :

Pourquoi terminer ? Sniff ! Parce qu'il faut bien une fin, mésan ! Parce qu'il faut bien dire "pourquoi m'avez-vous lu ?" Parce qu'il faut bien demander "qu'y avez-vous trouvé ?" Parce qu'il faut bien aussi rappeler que l'on n'écrit pas pour écrire, mais que l'on écrit pour dire.

Je ne suis plus au fin fond du Québec mais au fin fond d'un bureau. L'exil n'est plus souhaité, mais imposé. Le monde n'a plus qu'à s'écrouler. Et la messe sera dîte.

Je vous la souhaite bonne.

 


 

11.10.08 22:52


Reponse à François Ziffer Aleph Cliche

Hello François !

Désolé, maintenant que je travaille, tu sais, j'ai moins de temps :-)))

Est-ce que j'ai écrit quelque chose depuis notre discussion parisienne ? Oui. Mais ça n'avait rien à voir ! Plus sérieusement, je n'ai pas écrit dessus, mais ça m'a fait penser à faire quelque chose avec... Le pb, c'est que mon blog ne convient pas : il est trop personnel dans sa forme actuelle, il faut que je l'anonymise. Plutôt, que j'en recrée un... Comme personne ne semble comprendre ce que j'y écris et comme je touche au bout du développement de dufinfondduquebec, ça tombe bien.

En fait, c'est ça, le gros pb du travail salarié : en étant embauché, on met de côté sa recherche personnelle, le chemin où l'on pense devoir marcher, pour fouler celui d'une entité qui te paie pour ça... On marche à côté de ses pompes et c'est difficile de concilier les deux. Je sais pas si tu vois ce que je veux dire ? C'est comme d'avoir un pied dans une direction et l'autre dans une autre. Il n'y a pas de chemin moyen, dans la quête de Soi (Gurdjieff !), rien que des chemins absolus. C'est une fois arrivé que l'on retrouve la totalité ; on revient toujours au point de départ, mais la profondeur du chemin parcouru... Là est la différence. Je soupçonne même un lien avec la théorie de la relativité.

Je réfléchis en terme de société idéale : tout le développement individuel, le développement d'un individu au cours de sa vie, devrait être consacré à la compréhension et à la vraie naissance de Soi. En fait, cette recherche est tellement absente de la société actuelle - et c'est un chemin difficile, fait de doutes et de remises en question ; c'est une posture permanente à trouver en soi... Et, pour l'emprunter, il faut aller contre tout ce que prône la société qui n'est faite que de conformisme - que chacun trouve une compensation facile dans la location de son temps de vie à un employeur. Ca évite d'avoir à ouvrir les yeux et de chercher un chemin, puisqu'il y en a un qui est déjà tout tracé. Le pb, c'est que c'est une autoroute et que son tracé a été définie par d'autres.

Pour moi, ça met en relief le fonctionnement de la société depuis la nuit des temps : un grand flux (l'humanité dans son ensemble) où les particules (les individus) ne décident pas de leurs trajectoires. C'est vrai en terme de religion (toujours orientée, définie par un courant organisateur et plus ou moins prescripteur de dogme), en terme de politique (des choix collectifs, définit par d'autres, servent de canalisation à la société globale). Bref : l'individu n'est pas libre. La liberté ne peut commencer qu'après l'Illumination, qui représente la capacité, d'abord, à prendre conscience du flux d'ensemble. Et ce flux est politique, religieux, sociétal, moral... et familial.

Ce n'est qu'après avoir tout mis à bas, comme s'il s'agissait de multiples murs jusqu'à présent invisibles, que peut commencer la vraie Vie. Parler de vraie Vie... J'imagine le scepticisme d'un lecteur peu informé... Bouddha, Gurdjieff, Jésus, Morihei Ueshiba (révérence, O'Senseï, révérence)...

Il y a une image amusante : nous sommes dans une grosse fourmilière, chacun avec sa fonction plus ou moins définie par l'organisation générale. L'illumination de la fourmi ne consiste pas seulement à prendre conscience de la fourmilière, mais à se rendre compte qu'il y a un jardin et à y retrouver sa place.

Je ne crois pas qu'un homme doive encore se définir par rapport à son travail, par rapport à la place qu'il a obtenu dans la société actuelle, parce que la société actuelle et l'activité professionnelle qui lui est liée n'a plus vraiment de but. Et parce que les capacités que nous avons maintenant ne sont en rien commune à celles du début de la société industrielle. Et parce que la société actuelle n'est plus adaptée à nos besoins réels. Tout se perd dans la consommation, qui devient la finalité de toute activité.

On peut ne se voir que comme de simples consommateurs, aucun doute. Mais c'est n'être qu'une fourmi. Nous ne sommes pas dans un jardin, mais dans un univers fabuleux, un monde gigantesque, fait de trous noirs, de quark, de théorie quantique, de planètes immenses... Garder le nez où il se trouve aujourd'hui ne nous conduit qu'à un monde d'argent, de manques, de guerres.

En fait, on considère presque être passé maîtres de notre environnement, alors qu'on ne fait qu'exploiter une petite planète. Et l'exploiter bien mal, bien injustement ! Je crois que l'avenir, c'est de reprendre conscience de notre toute petite condition. Ca passe par l'Eveil, après avoir personnellement tout remis en cause, et profondément réfléchi sur ce qu'EST l'homme, sur ce qu'il devrait faire de son incroyable capacité à comprendre son environnement. Si c'était fait, la société serait idéale, la Terre le jardin d'Eden et les hommes, au milieu, de fiers jardiniers.

Mais tout le monde garde le nez rivé sur le pare-brise. Et ceux qui montrent ce qu'il y a derrière le font depuis tellement de siècles qu'ils ont perdu de vue l'horizon.

Ca y est, j'ai écrit !

8.10.08 10:27


On prépare tôt les enfants

Pendant que les adultes planchent sur la journée de solidarité,

Leurs enfants triment sur une dictée, pour les maladies génétiques orphelines, etc.

On les prépare tôt.

6.10.08 20:23


Canalisations economiques

C'était dans le rond-point, un de ceux qui bouchonnent, où les files s'allongent, rapidement, d'un tas toujours plus grand de conducteurs pressés de terminer leur tour. Clignotants. Klaxons rares (civisme). Le bouchon bouge sur lui-même, les voitures sortantes aussitôt remplacées par d'autres, qui entrent. Mouvement et congestion, deux opposés se retrouvent ainsi mêlés l'un à l'autre. Yin et yang matinal, incontournable de 7h30 à 9h10.

Tout est dans tout et dans ce rond-point bouché, alimenté par quatre artères cardinales, on retrouve... la société humaine et son économie : y'a des gens qui aimerait bien ne pas passer par là, mais il n'y a pas d'autres chemins.

La sortie approche. clignotant droit. Réussir à changer de file, dans ce flux, c'est presque associal ; c'est faire injure à son voisin, qui, lui, veut continuer tout droit. "Salop, tu passeras pas, t'avais qu'à déjà être sur la bonne voie !"

Notre monde n'est décidément pas dirigé par l'intelligence. Ni l'altruisme, d'ailleurs. Et la philosophie d'aujourd'hui est médiatique, portée par BHL ou Michel Onfray. C'est plus difficile de lire Atlan. Et Guy Debord, qui a écrit La société du spectacle, est un tel révélateur de notre temps que personne n'ose plus ouvrir son livre-miroir.

Triste temps.

Surtout quand on est bloqué dans un rond-point. Le matin.

Et que l'on va continuer sa journée dans le giratoire incontournable de l'économie mondiale.

3.10.08 07:37


Contre-dénonciation de mai 68

Depuis que 2008 est arrivée dans nos vies, mai 68 est humilié, villipendé, dénoncé, mis à terre, foulé du pied. Et une fois cela fait, il ne reste plus qu'à jeter dans le caniveau leurs auteurs amoraux, inconscients, étudiants fornicateurs et jeunes tout juste bons pour Edwige.

Un blogueur, courageusement prêt à aller dans le sens de l'air du temps dès 2007, écrivait ainsi, en parlant de notre président qui attaquait frontalement mai 68 : "(...) [le président Sarkosy] a, le premier, le seul même, décidé de soulever le voile rapiécé camouflant mal la terrible dérive idéologique [née de mai 68] dans une France jadis respectée. Le divorce ? Généralisé. L’homosexualité ? Endémique. La drogue ? Omniprésente. Les églises ? Désertées. La sexualité ? Débridée. L’avortement ? Pff... Une simple formalité !"

Ce blogueur, d'une touchante ouverture d'esprit (voir absolument son commentaire pour remettre les choses à leurs places !), répand ainsi des idées datées du milieu du siècle dans toute la blogosphère ; il faut de tout pour faire un monde, mais tout de même ! Le reste de l'article est à l'avenant et l'intéressante analyse explique que Mai 68 est la terrible fille d'une autre détestable révolution, bien plus ancienne, celle de 1789. Ce fut, rappelle l'auteur, une "succession de crapuleries sanglantes". C'est pas si faux. Les décapitations à la chaîne qui suivirent les états généraux sont bien connues des lycéens, qui se rappellent la terrible barbarie des Montagnards instaurant en juin 1794 la Grande Terreur (les accusés n'ont plus la possibilité de se défendre) ; ils se rappellent également Robespierre, qui a fait l'expérience personnelle de sa politique, perdant le cou après avoir fait décapiter Danton - grand orateur un peu trop enclin à s'enrichir. Robespierre en deux morceaux rejoignit alors l'Etre Suprême qu'il vénérait. Oui, Robespierre était croyant et à l'origine d'une religion civique enseignant la haîne de la tyrannie et l'amour de la justice... On se croirait en mai 68 : les étudiants rejetaient l'ordre établi par les générations précédentes ; il était interdit d'interdire et on faisait l'amour sur la plage des rues parisiennes dépavées.

Il y a d'autres ressemblances : comme LA révolution, celle de mai a terminé en peau de boudin, vieille bite fripée sur un corps effondré. Le pauvre peuple, qui pensait prendre en main son destin en France, n'a fait que mettre au pouvoir ses nouveaux maîtres. De Gaulle revient avec l'armée. Les révolutionnaires mettent rapidement en place une dictature. Et une boucherie.
C'est amusant. Les révolutions qui visent à libérer le peuple tournent toutes ainsi. Ne parlons pas de la révolution bolchevique, ni de la révolution libérale, toutes deux nées de la volonté de l'homme de s'émanciper pour conquérir sa liberté, toutes deux reprises en main par des dictateurs.

On dit souvent que les grandes idées, les nobles théories, ne peuvent être appliquées, car l'Homme les change en dictature. Ce serait la nature humaine... Fin de la réflexion... Cessons un peu d'imaginer un monde meilleur, contentons-nous du merdier concret.

Pour moi, c'est autre chose : il y a dans l'espèce humaine un certain nombre de scorpions, qui remplacent l'idée de libération du peuple, par celle de profits individuels. Les scorpions, il faut donc avoir le courage de les écraser ; malheureusement, c'est le début de la boucherie, car, comme dit le proverbe, "on est tous le scorpion d'un autre". Donc, mai 68 et révolution française, c'est bonnet phrygien et phrygien bonnet.

Revenons-en à ce pauvre blogueur pour remarquer qu'en 2007, un an avant l'anniversaire en question, le président avait déjà commencé sa propagande anti-mai 68, dénigrant l'héritage de cette période houleuse portée par des revendications libertaires et une morale libérée. Ca en dit long sur le danger présupposé de l'anniversaire évoqué. Dans un monde libéralement totalitaire, à remettre au travail !!, le quarantième anniversaire de Mai 68 était un danger qu'il fallait etouffer dans l'oeuf. Dans l'oeuf ! Avant même que l'on y pense. Il a donc donné le ton. Et tous ont suivi.

Pourtant, Mai 68, ce n'était pas du boudin : c'était une période de prise de conscience, d'ouverture spirituelle, de refus de l'aliénation collective au profit d'une individualité libérée et consciente, refusant un héritage sociétal inadapté à ses aspirations. En mai 68, les enfants ont dit à leurs parents qu'ils ne voulaient pas d'un monde reposant sur l'argent et le travail, la famille, la nation. Chacun, au fond, devait se construire un destin, en être maître et construire sa propre cosmogonie (Mandragore comme Fin quebecois). Ce n'est qu'en ce centre que l'existence prend un sens. Ils l'avaient compris.

Préparons donc dès maintenant Mai 2018, histoire de refaire l'histoire et d'écraser quelques scorpions.

1.10.08 11:31


Le scorpion et le criquet, fable domestique

De nuit dans le salon
Il y avait un scorpion
Eclairé par la lune
Il ruminait l'amertune
D'être né un scorpion
 
Le propriétaire des lieux
Descendu, faute de mieux,
Boire de l'eau dans la nuit
A moitié endormi
Marcha sur sa queue
 
(Celle du scorpion, s'entend,
Car la sienne était dans
Son caleçon, à l'abri,
Du dard venimeux assoupi,
Assoupie elle aussi)
 
L'arachnide ne bougea pas
D'un iota
Ni ne piqua
Le pied aposta
Qui sur lui se posa
 
Sentant sous son pied
La froide armure annelée
L'individu sursauta !
S'éloigna !
Alluma !
 
Un scorpion !
Aurait pu me piquer ! Nom de nom !
La bête ne bougeait pas
Toujours pas d'un iota
Et restait là
 
L'observateur paniqué ne savait plus que faire
L'écraser ? Le sortir ? Le remettre au grand air ?
Mais comment l'attraper ? Et fallait-il le faire ?
L'animal, intrigué, avait un drôle d'air
De scorpion, inquiétant, agressif et sévère
 
La chaussure se leva,
L'écrasa,
Injustement,
Méchant remerciement
A la bête pacifique qui n'avait pas piqué, gentiment
 
Cette histoire est bien réelle ! Faites-la suivre à dix de vos amis afin de la mieux faire connaître et d'attirer sur vous la bonne humeur d'un sort que l'on dit changeant, etc.

... Mais, avant : elle n'est pas finie !

En effet, après un tel acte de méchanceté gratuite, comment ne pas s'interroger ? Pourquoi écraser cette bête sur laquelle j'avais marché, qui ne m'avait pas piqué en retour ? Aucune justification, rien ne l'expliquait, ni ne me disculpait.

J'avais un peu honte. Je revoyais l'oeil angoissé de l'animal acculé, la main qui s'abaisse, saisit la chaussure, se relève et... C'est atroce comme la conscience peut vous torturer quand vous savez avoir mal agit...

Le lendemain,
Le matin,
Sur le mur du salon, un grillon criquetait.
On aurait dit un merci

26.9.08 08:17


Be happy, de Mike Leight

Poppy est heureuse et souriante envers et contre tout. Mais pas insouciante, c'est ce qui est très fort ! Comment rendre un personnage ultra positif sans en faire un imbécile heureux ? Ceux qui se le demandent ne doivent absolument pas rater ce film. Avouons-le : je craignais le pensum avec rires omniprésents. Les gens heureux m'énervent, ils me semblent en général être anormaux ; suivre un tel personnage pendant tout un film... Mais découvrir la source de son bonheur... Pile, face. Tic, tac. On y va. On n'y va pas. Allez, positive attitude !

Ca commence par un vol, une disparition, celle du vélo de Pauline, Poppy, l'héroïne. Privé de son moyen de transport préféré et habituel, incapable de remplacer un vélo aussi exceptionnel, Poppy s'inscrit à des leçons de conduites et fini la soirée avec ses copines. Ivresse et détachement, un vélo envolé est une marche supplémentaire vers autre chose, pourquoi se lamenter sur le vélo, puisqu'il n'y a plus de vélo ? Ce serait trop bête, il faut avancer

Talons hauts et cheveux électriques, le moniteur de l'auto-école n'aime pas. Pas plus que les noirs ! Le dernier qu'il a eu dans sa voiture... N'en parlons pas ! Irrespectueux, sale, je ne vous en parle pas, Pauline, appelez-moi Poppy, Poppy ! Regardez le rétroviseur, enraha et le triangle sacré (c'est un moyen mnémotechnique, Poppy), et ne mettez plus de hauts talons !

Face à un moniteur aussi aggressif, que ferait la majeure partie des gens heureux ? Ils fuiraient, renvoyant le malheureux à ses malheurs. Poppy rit, outrée de cette étroitesse d'esprit, elle rit, étonnée d'autant de haine contenue, elle n'en peut plus de rire face à l'aigreur déversée dans cette voiture étriquée.
Mais ce n'est pas de l'inconscience, cette grande fille au regard rêveur a les deux pieds dans le monde et les malheurs de ses petits écoliers (comment peut-on vous confier des enfants à éduquer, s'interroge le moniteur conservateur ?) ne lui sont jamais longtemps inaccessibles.

Pas plus que ne l'est la profonde douleur et la détresse de ce moniteur qui, peut-être, progressera ensuite, lkorsque Poppy, finalement, n'en pourra plus. Mais elle rit toujours, elle s'amuse de cette incroyable histoire et de ce personnage si désespéré.

24.9.08 22:40


 [page précédente]